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Letter 534

Humboldt, F. W. H. A. von to Darwin, C. R.

18 Sept 1839

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    Praises CD's Journal of researches and comments on some of CD's observations and conclusions. Considers volcanic activity and its effect on past climate and changes in climate over time. Discusses glacial phenomena. Believes the climate of the coast of Peru is modified by cold sea-currents.

Transcription

à Sans souci pres Potsdam

ce 18 Sept | 1839

Monsieur,

Si j'ai tardé si longtems, Monsieur, à Vous offrir l'expression de ma vive et affectueuse reconnoissance, c'est que je ne possede Votre excellent et admirable ouvrage que depuis 15 jours et que je ne voulois pas répondre à Votre lettre, arrivee deux mois plûtôt, sans pouvoir Vous dire tout ce que j'avois puisé d'instruction et de jouissance dans ce que Vous appelez si modestement le „Journal d'un Naturaliste“. Mes éternelles absences et les courses que je viens de faire avec le Roi, m'ont, sans doute empêché de recevoir plutot ce qui m'a fait un plaisir si vif, inspiré un interet si durable.

Vous me dites dans Votre aimable lettre que, tres jeune, ma maniere d'étudier et de peindre la nature sous la zone torride avoit pu contribuer à exciter en Vous l'ardeur et le désir des voyages lointains. D'après l'importance de Vos travaux, Monsieur, ce seroit là le plus grand succes que mes faibles travaux auroient pu obtenir. Les ouvrages ne sont bons, qu'autant qu'ils en font naitre de meilleurs. D'ailleurs, Monsieur, avec le beau nom que Vous portez, que d'inspirations, Vous pouvez puiser dans ces souvenirs de gloire scientifique et litteraire qui font le plus beau patrimoine d'une famille. Mon écrit antediluvien „sur l'irritation de la fibre nerveuse“ proclame souvent avec quelle chaleur je tirois au poetique auteur de la Zoonomie ; à celui qui a prouvé qu'un sentiment profond de la nature, une imagination non rêveuse, mais puissante et productive, agrandit, dans les hommes supérieurs, la Sphere des conceptions.

Je regrette doublement, Monsieur, que ma position et des devoirs pas toujours litteraires, me privent du bonheur d'assister a Votre célebre reunion et de dire de bouche a Monsieur Charles Darwin, ce que j'enonce ici bien imparfaitement et dans des formes qui ne sont pas celles de son pays. Arrivé a la fin de ma carriere, jouissant sans regret avec toute la pureté de l'amour des sciences, des progres de l'intelligence et de la liberté de la gloire des tems modernes, j'exerce sur mes contemporains, non pas cette severité austere et peu bienveillante que mes propres travaux ont eprouve pendant longtems, mais ce jugement libre de prejugés nationaux qui fait sa part a la fois de la force du talent, de la solidité et de l'etendue des connaissances, de l'heureuse disposition litteraire, pour peindre ce que l'on sent et veut faire eprouver au lecteur. Sous tous les rapports, Monsieur, Vous êtes placé bien haut dans mon esprit: Vous réunissez les qualités que j'indique, Vous avez une belle carriere a parcourrir. Votre travail est remarquable par le nombre d'observations nouvelles et ingenieuses sur la distribution geographique des organisations, la physionomie des plantes, la constitution geologique du sol, les anciennes oscillations, l'influence de ce singulier climat littoral qui réunit des Cycadées, des colibris et des perroquets aux formes de Lapponie, sur cette vegetation toujours verte et humide des paramos placée au niveau des mers, sur les ossemens du monde primitif, la possibilite de nourrir de grands pachydermes dans l'absence de tout luxe de vegetation, sur l'ancienne cohabitation d'animaux separés aujourd'hui par d'énormes distances, sur l'origine des Iles à coraux et la merveilleuse uniformité de leurs constructions progressives, sur les phénomenes que presentent les glaciers qui descendent vers le littoral, sur la terre congelée couverte de vegetaux, sur la cause de l'absence des forets, sur l'action des tremblements de terre et leurs rapports avec l'air ambiant …

Vous voyez, Monsieur, que j'aime a recapituler dans ma memoire les points principaux sur lesquels Vous avez agrandi et rectifié mes vues. Vous Vous souvenez des „Observations faites dans un voyage autour du monde“ que Forster pere a publiés d'abord apres son retour avec l'immortel Cook, ouvrage de Physique generale dont on a eu le mauvais esprit de ne pas sentir alors tout le mérite. Quel progrès dans les sciences et dans celui qui en est, comme Vous, l'eloquent interprete, si l'on compare Votre „Journal“ au livre de Reinhold Forster riche en 1776, si pauvre aujourd'hui, J'ai l'habitude de me marquer les passages qui offrent le charme d'une heureuse inspiration, je les relis souvent lorsque, lassé par la triste monotonie de la vie Sociale, je tente à me refugier dans mes souvenirs de l'Orénoque, de la pente des Cordilleres de la sauvage fécondité du sol de la zone torride. Vous avez été heureusement inspiré en tracant ces belles pages 394, 540, 545, 546, 548, 590, 591, 605

La fin de Votre Journal (p. 608) est l'expression de ce calme moral qui dans une ame pure et bienveillante, laisse le contact avec les classes inférieures de la societé, Il y a p 28 un trait de moeurs saisi avec une delicatesse de sentiment que j'ai du signaler. Vos reflexions sur la possibilité de l'existence, des grands Pachydermes sous un climat (lat 45–55°) non continental, mais insulaire semblable à celui de l'Amerique australe sont excellentes. Elles ont pour moi d'autant plus de poids que j'ai vécu si longtems dans ces regions alpines (Paramos 1800–2200 toises de hauteur) où la th. est continuellement entre +4° et 12° Reaum.) Des formes semblables aux Palmiers, Fougeres arborescentes et Cycadées, peuvent sans doute végeter dans ces climats plus froids que temperes, J'ai moi même fait connoitre toute une tribu de Palmiers alpins Le bois de palmier petrifié est beaucoup plus rare que le disent nos livres de Geognosie. C'est presque toujours du bois de Coniferes qu'on a pris pour des Palmiers. En general cependant les empreintes de la Vegetation primitive laissent quelques objections là ou nous les voyons avancer vers le pole nord. Les Musacées et les Graminées en Corrientes exigent plus de chaleur que Vous pouvez leur offrir dans nos tristes climats. La chute des feuilles (organes appendiculaires) n'est indifferente qu'aux plantes dicotyledonées. Les Monocotyledonées ne peuvent pas vivre par l'axe seul. J'ai cru longtems que la vegetation primitive a eu une autre source de chaleur que celle dont jouit la vegetation actuelle. J'ai pensé que notre terre, comme toute planete, n'a recçu son climat (sa temperature) pendant longtems, non autant par sa position relative à un astre central (le Soleil), mais par son interieur. Sous toutes les latitudes la croute d'une planete s'est fendillée. La Volcanicité n'est que la reaction qu'exerce la partie fluide de l'Interieur vers la surface oxidée, endurcie, pendant le calorique par rayonnement. D'apres ces idées (et la conglobation de la matiere diffuse en planetes, aerolithes … est la cause de la chaleur centrale) le climat des tropiques a pu naître, pour quelque tems, sous toutes les zones et avec ce climat chaud un grand luxe de vegetation. Ces crevasses ouvertes ont pu contribuer, pendant longtems, à temperer l'habitation boreale des Pachydermes. Quelle chaleur ne regnoit pas en 1803, depuis 50 ans sur une lieue carrée autour des Hornitos Vous avez fait mention d'un phénomene tres semblable dans Votre interessante description des Galapagos p 455. du Volcan de Jorullo, là où par de petites mais nombreuses ouvertures, comme dans tous les Volcans actifs l'interieur du globe communiquoit avec l'atmosphere ambiante. A mesure que dans le monde antediluvien ces communications ont cessées et que les crevasses on été remplies par l'injection de matieres minerales (filons) ou par le soulevement lineaires des chaines de montagnes, les climats ont commencé, sous differentes latitudes, à ne devenir dependants que du seul rapport de position vis a vis le corps central calorifiant, qui est le Soleil du systeme planetaire. Une tranchée de 1800–3000 pies de profondeur creusée de Hambourg aux Alpes donneroit encore de nos jours à une grande partie de l'Allemagne un climat d'oliviers et de grenadiers. Cet état de chose dureroit aussi longtems que la faille et ses bords se seroient mis (par effort du rayonnement) en equilibre avec les couches superficielles voisines, car Fourier a prouvé théoriquement et mes observations dans l'interieur de mines creusses à Micuipampa (Mines de Gualgayoc) a plus de 2000 toises de hauteur le confirment, que les couches terrestres sont isothermes pres de la croute extérieure du globe malgrè les sinuosites de vallées et de montagnes. Il me paroit impossible d'admettre et la chaleur centrale (resultat de la formation des planetes de la condensation d'une matiere nebuleuse) et les reactions (dynamiques) de l'interieur d'une planete contre sa croute, sans admettre aussi, dans le monde primitif, des modifications temporaires de climats, dependants de l'etat crevassé de leur surface.—

Aux considerations très curieuses que Vous avez présentés, Monsieur, dans Votre excellent ouvrage sur le melange de formes qui paraissent tropicales et polaires dans l'Amerique australe, je puis ajouter le fait que dans la partie sudest de l'Altai on peut tuer, par les 50° de lat. à une distance de 30 lieues, le tigre royal identique avec celui dans l'ile de Ceylan, des rennes et des élans. Cet mélange primitif des formes diminue avec le tems: plus de lions en Macedoine, plus d'elephans au nord du Sahara dans l'Atlas; le tigre royal devient plus rare en Sibérie; les perroquets d'apres l'observation de M. Ehrenberg se sont retirés vers le sud en Nubie depuis le tems des Romains. C'est un phenomene bien digne d'attention. Intimement lié avec M. Agassiz je partage peu ses effrayantes theories des glaces qui periodiquement detruisent l'organisation. Il me reste aussi bien des doutes sur le transport des blocs de nos plaines baltiques sur de radeaux de glace! Il faut distinguer entre de petits! phenomenes locaux, des debacles et affaissemens de montagnes granitiques voisines, des moraines poussées par les glaciers, quelques blocs que les glaciers peuvent porter de côtes a côtes ces „streams of stones (p 254) si remarquables aussi en Asie (Taganay) dans l'Oural meridional et ces depots de blocs disposés sur de vastes surfaces et s'arrêtant loin des chaines des montagnes auxquelles on auroit voulu les attribuer. Je conviens avec Vous que le manque des blocs dans les plaines tropicales (Llanos de Caracas, Amazone, Sahara) est remarquable, mais le nord de l'Asie est depourvu de blocs aussi. Les sillons et roches rayées de Scandinavie se dirigent uniformement jusqu'aux côtes les plus boreales de la Norwege: La cause de ce phenomene si important et si nouvellement observé, sembleroit donc placée dans les mers polaires! Que de choses nous ignorons encore! Les observations sont trop incomplètes. Combien je regrette que M. Henslow n'ait pu terminer et ne fusse que pour la determination des familles ou la proximite de quelques genres connus, l'examen de Votre curieuse collection des plants (p 460, 537, 541) La vegetation offre le caractere fondamental d'un pays En le traçant, même a grands traits, on donne une image qui se fixe, c'est presque de la stereotypie; les animaux offrent des caracteres mobiles. J'ai a Vous demander mille excuses, Monsieur, de la longueur de cette lettre et de l'illisibilite de mon ecriture hieroglyphique. J'ai rapporté des forets de l'Orénoque sans doute pour avoir couché plusieurs mois sur un sol de feuilles mortes et constamment humides, une grande faiblesse dans le bras droit. J'aurois voulu Vous parler encore de ce courant d'eau froide qui longe les côtes du Perou et dont je me suis tant occupé, croyant qu'il modifie beaucoup le climat du littoral (Mer a la surface, Callao novembre 60°, 2 F. quand, hors du courant d'eau froide qui devie vers l'ouest au Cap Pariña on trouve 82–85 F.). Vous aurez vu la carte du mouvement des eaux du Capitaine Duperrey qui croit qu'un fleuve d'eau froide vient du Sudouest et frappe contre les côtes du Chili lat 35° et 40° Sud, se dirigeant à la fois vers les Chonos au Sud et au nord, le long du Perou. Je voudrois bien savoir si cet appercu est conforme a Votre experience, et à celle du digne Cap. Fitzroy. Peutetre que le passage où dans le Voy. du Beagle il est question de ce courant, m'a echappé. Toujours le froid de la mer entre les Galapagos (p 454.) est bien remarquable, cet archipel etant placé deja au nord de la ligne, où près Cap Pariña, (pres de la grande convexité de l'Amerique meridionale) le courant froid devie vers l'ouest! Entre des iles rocheuses comme sur les acores (edges) des bancs se sont quelquefois des filets d'eau froide qui viennent de la profondeur de l'Ocean. Ce sont des courans montans ↑ comme les courans d'air descendans ↓ que l'on sent au pié des Cordilleres. Veuillez bien lire avec indulgence des lignes écrites avec tant d'abandon et agreer l'hommage de ma haute et affectueuse estime. | Alexandre Humboldt

J'espère pouvoir Vous offrir bientot une nouvelle edition de mes Fragmens asiatiques. C'est plutot un tout autre ouvrage refondue sous le titre d' „Asie centrale ou Recherches sur les Chaines de montagnes et la Climatologie comparée“. Mon histoire de la Géographie du 15me siècle (Examen critique) sera terminé avec le 5me Volume. J'ai meme, malgré mon age, le courage imprudent de travailler a une Physique du Monde, espece de Geographie physique (physische Weltbeschreibung) qui doit renfermer le Kosmos depuis les nebuleuses jusqu'à l'hysope. Comme je veux que cela soit dans le genre de mes Ansichten der Natur, je l'ecris en allemand et j'aurai le chagrin de n'etre pas lu par Vous.

Je Vous supplie de presenter a Monsieur le Capitaine FitzRoy l'expression de ma vive reconnoissance pour les fruits de sa noble et courageuse expedition.

Translation

at Sans souci, near Potsdam

18 September 1839

Sir,

à Sans souci pres Potsdam

ce 18 Sept | 1839

Monsieur,

Si j'ai tardé si longtems, Monsieur, à Vous offrir l'expression de ma vive et affectueuse reconnoissance, c'est que je ne possede Votre excellent et admirable ouvrage que depuis 15 jours et que je ne voulois pas répondre à Votre lettre, arrivee deux mois plûtôt, sans pouvoir Vous dire tout ce que j'avois puisé d'instruction et de jouissance dans ce que Vous appelez si modestement le „Journal d'un Naturaliste“. Mes éternelles absences et les courses que je viens de faire avec le Roi, m'ont, sans doute empêché de recevoir plutot ce qui m'a fait un plaisir si vif, inspiré un interet si durable.

Vous me dites dans Votre aimable lettre que, tres jeune, ma maniere d'étudier et de peindre la nature sous la zone torride avoit pu contribuer à exciter en Vous l'ardeur et le désir des voyages lointains. D'après l'importance de Vos travaux, Monsieur, ce seroit là le plus grand succes que mes faibles travaux auroient pu obtenir. Les ouvrages ne sont bons, qu'autant qu'ils en font naitre de meilleurs. D'ailleurs, Monsieur, avec le beau nom que Vous portez, que d'inspirations, Vous pouvez puiser dans ces souvenirs de gloire scientifique et litteraire qui font le plus beau patrimoine d'une famille. Mon écrit antediluvien „sur l'irritation de la fibre nerveuse“ proclame souvent avec quelle chaleur je tirois au poetique auteur de la Zoonomie ; à celui qui a prouvé qu'un sentiment profond de la nature, une imagination non rêveuse, mais puissante et productive, agrandit, dans les hommes supérieurs, la Sphere des conceptions.

Je regrette doublement, Monsieur, que ma position et des devoirs pas toujours litteraires, me privent du bonheur d'assister a Votre célebre reunion et de dire de bouche a Monsieur Charles Darwin, ce que j'enonce ici bien imparfaitement et dans des formes qui ne sont pas celles de son pays. Arrivé a la fin de ma carriere, jouissant sans regret avec toute la pureté de l'amour des sciences, des progres de l'intelligence et de la liberté de la gloire des tems modernes, j'exerce sur mes contemporains, non pas cette severité austere et peu bienveillante que mes propres travaux ont eprouve pendant longtems, mais ce jugement libre de prejugés nationaux qui fait sa part a la fois de la force du talent, de la solidité et de l'etendue des connaissances, de l'heureuse disposition litteraire, pour peindre ce que l'on sent et veut faire eprouver au lecteur. Sous tous les rapports, Monsieur, Vous êtes placé bien haut dans mon esprit: Vous réunissez les qualités que j'indique, Vous avez une belle carriere a parcourrir. Votre travail est remarquable par le nombre d'observations nouvelles et ingenieuses sur la distribution geographique des organisations, la physionomie des plantes, la constitution geologique du sol, les anciennes oscillations, l'influence de ce singulier climat littoral qui réunit des Cycadées, des colibris et des perroquets aux formes de Lapponie, sur cette vegetation toujours verte et humide des paramos placée au niveau des mers, sur les ossemens du monde primitif, la possibilite de nourrir de grands pachydermes dans l'absence de tout luxe de vegetation, sur l'ancienne cohabitation d'animaux separés aujourd'hui par d'énormes distances, sur l'origine des Iles à coraux et la merveilleuse uniformité de leurs constructions progressives, sur les phénomenes que presentent les glaciers qui descendent vers le littoral, sur la terre congelée couverte de vegetaux, sur la cause de l'absence des forets, sur l'action des tremblements de terre et leurs rapports avec l'air ambiant …

Vous voyez, Monsieur, que j'aime a recapituler dans ma memoire les points principaux sur lesquels Vous avez agrandi et rectifié mes vues. Vous Vous souvenez des „Observations faites dans un voyage autour du monde“ que Forster pere a publiés d'abord apres son retour avec l'immortel Cook, ouvrage de Physique generale dont on a eu le mauvais esprit de ne pas sentir alors tout le mérite. Quel progrès dans les sciences et dans celui qui en est, comme Vous, l'eloquent interprete, si l'on compare Votre „Journal“ au livre de Reinhold Forster riche en 1776, si pauvre aujourd'hui, J'ai l'habitude de me marquer les passages qui offrent le charme d'une heureuse inspiration, je les relis souvent lorsque, lassé par la triste monotonie de la vie Sociale, je tente à me refugier dans mes souvenirs de l'Orénoque, de la pente des Cordilleres de la sauvage fécondité du sol de la zone torride. Vous avez été heureusement inspiré en tracant ces belles pages 394, 540, 545, 546, 548, 590, 591, 605

La fin de Votre Journal (p. 608) est l'expression de ce calme moral qui dans une ame pure et bienveillante, laisse le contact avec les classes inférieures de la societé, Il y a p 28 un trait de moeurs saisi avec une delicatesse de sentiment que j'ai du signaler. Vos reflexions sur la possibilité de l'existence, des grands Pachydermes sous un climat (lat 45–55°) non continental, mais insulaire semblable à celui de l'Amerique australe sont excellentes. Elles ont pour moi d'autant plus de poids que j'ai vécu si longtems dans ces regions alpines (Paramos 1800–2200 toises de hauteur) où la th. est continuellement entre +4° et 12° Reaum.) Des formes semblables aux Palmiers, Fougeres arborescentes et Cycadées, peuvent sans doute végeter dans ces climats plus froids que temperes, J'ai moi même fait connoitre toute une tribu de Palmiers alpins Le bois de palmier petrifié est beaucoup plus rare que le disent nos livres de Geognosie. C'est presque toujours du bois de Coniferes qu'on a pris pour des Palmiers. En general cependant les empreintes de la Vegetation primitive laissent quelques objections là ou nous les voyons avancer vers le pole nord. Les Musacées et les Graminées en Corrientes exigent plus de chaleur que Vous pouvez leur offrir dans nos tristes climats. La chute des feuilles (organes appendiculaires) n'est indifferente qu'aux plantes dicotyledonées. Les Monocotyledonées ne peuvent pas vivre par l'axe seul. J'ai cru longtems que la vegetation primitive a eu une autre source de chaleur que celle dont jouit la vegetation actuelle. J'ai pensé que notre terre, comme toute planete, n'a recçu son climat (sa temperature) pendant longtems, non autant par sa position relative à un astre central (le Soleil), mais par son interieur. Sous toutes les latitudes la croute d'une planete s'est fendillée. La Volcanicité n'est que la reaction qu'exerce la partie fluide de l'Interieur vers la surface oxidée, endurcie, pendant le calorique par rayonnement. D'apres ces idées (et la conglobation de la matiere diffuse en planetes, aerolithes … est la cause de la chaleur centrale) le climat des tropiques a pu naître, pour quelque tems, sous toutes les zones et avec ce climat chaud un grand luxe de vegetation. Ces crevasses ouvertes ont pu contribuer, pendant longtems, à temperer l'habitation boreale des Pachydermes. Quelle chaleur ne regnoit pas en 1803, depuis 50 ans sur une lieue carrée autour des Hornitos Vous avez fait mention d'un phénomene tres semblable dans Votre interessante description des Galapagos p 455. du Volcan de Jorullo, là où par de petites mais nombreuses ouvertures, comme dans tous les Volcans actifs l'interieur du globe communiquoit avec l'atmosphere ambiante. A mesure que dans le monde antediluvien ces communications ont cessées et que les crevasses on été remplies par l'injection de matieres minerales (filons) ou par le soulevement lineaires des chaines de montagnes, les climats ont commencé, sous differentes latitudes, à ne devenir dependants que du seul rapport de position vis a vis le corps central calorifiant, qui est le Soleil du systeme planetaire. Une tranchée de 1800–3000 pies de profondeur creusée de Hambourg aux Alpes donneroit encore de nos jours à une grande partie de l'Allemagne un climat d'oliviers et de grenadiers. Cet état de chose dureroit aussi longtems que la faille et ses bords se seroient mis (par effort du rayonnement) en equilibre avec les couches superficielles voisines, car Fourier a prouvé théoriquement et mes observations dans l'interieur de mines creusses à Micuipampa (Mines de Gualgayoc) a plus de 2000 toises de hauteur le confirment, que les couches terrestres sont isothermes pres de la croute extérieure du globe malgrè les sinuosites de vallées et de montagnes. Il me paroit impossible d'admettre et la chaleur centrale (resultat de la formation des planetes de la condensation d'une matiere nebuleuse) et les reactions (dynamiques) de l'interieur d'une planete contre sa croute, sans admettre aussi, dans le monde primitif, des modifications temporaires de climats, dependants de l'etat crevassé de leur surface.—

Aux considerations très curieuses que Vous avez présentés, Monsieur, dans Votre excellent ouvrage sur le melange de formes qui paraissent tropicales et polaires dans l'Amerique australe, je puis ajouter le fait que dans la partie sudest de l'Altai on peut tuer, par les 50° de lat. à une distance de 30 lieues, le tigre royal identique avec celui dans l'ile de Ceylan, des rennes et des élans. Cet mélange primitif des formes diminue avec le tems: plus de lions en Macedoine, plus d'elephans au nord du Sahara dans l'Atlas; le tigre royal devient plus rare en Sibérie; les perroquets d'apres l'observation de M. Ehrenberg se sont retirés vers le sud en Nubie depuis le tems des Romains. C'est un phenomene bien digne d'attention. Intimement lié avec M. Agassiz je partage peu ses effrayantes theories des glaces qui periodiquement detruisent l'organisation. Il me reste aussi bien des doutes sur le transport des blocs de nos plaines baltiques sur de radeaux de glace! Il faut distinguer entre de petits! phenomenes locaux, des debacles et affaissemens de montagnes granitiques voisines, des moraines poussées par les glaciers, quelques blocs que les glaciers peuvent porter de côtes a côtes ces „streams of stones (p 254) si remarquables aussi en Asie (Taganay) dans l'Oural meridional et ces depots de blocs disposés sur de vastes surfaces et s'arrêtant loin des chaines des montagnes auxquelles on auroit voulu les attribuer. Je conviens avec Vous que le manque des blocs dans les plaines tropicales (Llanos de Caracas, Amazone, Sahara) est remarquable, mais le nord de l'Asie est depourvu de blocs aussi. Les sillons et roches rayées de Scandinavie se dirigent uniformement jusqu'aux côtes les plus boreales de la Norwege: La cause de ce phenomene si important et si nouvellement observé, sembleroit donc placée dans les mers polaires! Que de choses nous ignorons encore! Les observations sont trop incomplètes. Combien je regrette que M. Henslow n'ait pu terminer et ne fusse que pour la determination des familles ou la proximite de quelques genres connus, l'examen de Votre curieuse collection des plants (p 460, 537, 541) La vegetation offre le caractere fondamental d'un pays En le traçant, même a grands traits, on donne une image qui se fixe, c'est presque de la stereotypie; les animaux offrent des caracteres mobiles. J'ai a Vous demander mille excuses, Monsieur, de la longueur de cette lettre et de l'illisibilite de mon ecriture hieroglyphique. J'ai rapporté des forets de l'Orénoque sans doute pour avoir couché plusieurs mois sur un sol de feuilles mortes et constamment humides, une grande faiblesse dans le bras droit. J'aurois voulu Vous parler encore de ce courant d'eau froide qui longe les côtes du Perou et dont je me suis tant occupé, croyant qu'il modifie beaucoup le climat du littoral (Mer a la surface, Callao novembre 60°, 2 F. quand, hors du courant d'eau froide qui devie vers l'ouest au Cap Pariña on trouve 82–85 F.). Vous aurez vu la carte du mouvement des eaux du Capitaine Duperrey qui croit qu'un fleuve d'eau froide vient du Sudouest et frappe contre les côtes du Chili lat 35° et 40° Sud, se dirigeant à la fois vers les Chonos au Sud et au nord, le long du Perou. Je voudrois bien savoir si cet appercu est conforme a Votre experience, et à celle du digne Cap. Fitzroy. Peutetre que le passage où dans le Voy. du Beagle il est question de ce courant, m'a echappé. Toujours le froid de la mer entre les Galapagos (p 454.) est bien remarquable, cet archipel etant placé deja au nord de la ligne, où près Cap Pariña, (pres de la grande convexité de l'Amerique meridionale) le courant froid devie vers l'ouest! Entre des iles rocheuses comme sur les acores (edges) des bancs se sont quelquefois des filets d'eau froide qui viennent de la profondeur de l'Ocean. Ce sont des courans montans ↑ comme les courans d'air descendans ↓ que l'on sent au pié des Cordilleres. Veuillez bien lire avec indulgence des lignes écrites avec tant d'abandon et agreer l'hommage de ma haute et affectueuse estime. | Alexandre Humboldt

J'espère pouvoir Vous offrir bientot une nouvelle edition de mes Fragmens asiatiques. C'est plutot un tout autre ouvrage refondue sous le titre d' „Asie centrale ou Recherches sur les Chaines de montagnes et la Climatologie comparée“. Mon histoire de la Géographie du 15me siècle (Examen critique) sera terminé avec le 5me Volume. J'ai meme, malgré mon age, le courage imprudent de travailler a une Physique du Monde, espece de Geographie physique (physische Weltbeschreibung) qui doit renfermer le Kosmos depuis les nebuleuses jusqu'à l'hysope. Comme je veux que cela soit dans le genre de mes Ansichten der Natur, je l'ecris en allemand et j'aurai le chagrin de n'etre pas lu par Vous.

Je Vous supplie de presenter a Monsieur le Capitaine FitzRoy l'expression de ma vive reconnoissance pour les fruits de sa noble et courageuse expedition.

    Footnotes Add

  • +
    f1 534.f1
    See Correspondence vol. 2, Appendix I for a translation of this letter. The transcription and translation of Humboldt's original letter, though different in some details, have benefited greatly from the version published by P. H. Barrett and A. F. Corcos (1972).
  • +
    f2 534.f2
    Humboldt 1797.
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    f3 534.f3
    The usual meaning is a high bleak plain.
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    f4 534.f4
    Forster 1778. There is a copy in Darwin Library–CUL.
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    f5 534.f5
    See Journal of researches, particularly pp. 293–8, in which the remains of Siberian animals, including pachyderms, are explained by the hypothesis that northern Europe and Siberia formerly bordered on a sea, which gave the region a more equable, insular climate, similar to that of the southern hemisphere.
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    f6 534.f6
    Province of Argentina.
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    f7 534.f7
    ‘Little ovens’, mounds of cinders and ashes around fumaroles.
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    f8 534.f8
    The sentence beginning, ‘Vous avez’, was written in the margin, and the place for its insertion marked by an asterisk.
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    f9 534.f9
    Jorullo volcano is located near Toluca, Mexico.
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    f10 534.f10
    Fourier 1819.
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    f11 534.f11
    Humboldt 1808, 1: 324, and Humboldt 1849–58, 5: 41–2, describe the differences in external and internal air temperature of the mines above Micuipampa.
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    f12 534.f12
    Ehrenberg 1827.
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    f13 534.f13
    CD does not refer to it. FitzRoy makes only a passing reference to it in discussing the temperature of the sea at the Galápagos (Narrative 2: 505).
  • +
    f14 534.f14
    Humboldt 1843.
  • +
    f15 534.f15
    Humboldt 1836–9.
  • +
    f16 534.f16
    Humboldt 1845–62.
  • +
    f17 534.f17
    Humboldt 1808.
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